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Le Blog de Florian Brunner

Un blog engagé où tout le monde pourra s’exprimer à sa manière sur Colmar, sa région et plus largement sur l'Europe et l'état du monde.

Lettre d'une jeune diplômée à Michel SAPIN (Ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social)

Publié le 2 Août 2013 par Florian Brunner

 

 

 

Jeunes-diplomes.jpg

 

 

 

Monsieur le Ministre,

 

Je me permets de vous écrire car, hormis votre position de Ministre du Travail et de l’Emploi, vous êtes également un connaisseur de ma région natale, le Centre, et plus précisément de son département, l’Indre.

Aussi, par solidarité départementale, j’ose espérer que vous voudrez bien porter un peu d’attention à cette missive - que dis-je, à ce cri du cœur, à cette prose du désespoir.

 

Diplômée de la faculté de droit de Limoges et de l'IUT de Colmar avec, en ma possession, un DUT, une licence générale, une licence professionnelle et un Master 1, tous orientés en droit, la réalité du monde du travail, loin de celle décrite par la faculté - car oui, autant idéaliser la chose et vendre du rêve aux étudiants - me rattrape inexorablement. J’irai plus loin en disant qu’elle nous rattrape tous, diplômés ou non.

 

La recherche d’emploi. Le Larousse devrait la décrire comme une quête épique dont l’issue est incertaine, voire infructueuse et qui se termine souvent mal.

Quand vous n’avez aucun diplôme, l’excuse toute trouvée des employeurs est la suivante : « vous n’avez pas de diplôme, désolé ».

Quand vous avez le diplôme, l’excuse merveilleuse des employeurs est la suivante : « vous n’avez pas d’expérience ». Enfin, ceci reste valable quand ces derniers daignent répondre aux candidatures spontanées et aux offres qu'ils font paraître.

L'expérience. Comment puis-je en avoir, si personne ne me laisse la chance d’en accumuler ? Et encore, j’ai choisi délibérément un DUT et une licence professionnelle pour pouvoir ajouter deux stages dans mon CV.

Le cercle vicieux est donc enclenché : je n’ai pas de travail car je n’ai pas d’expérience et je n’ai pas d’expérience car je n’ai pas de travail.

Alors oui, sans expérience, nous sommes moins productifs : il est plus facile et plus sécurisant de compter sur des personnes déjà expérimentées. Mais quand celles-ci partiront à la retraite, il ne restera que des jeunes sans expérience. Là aussi, on ne les recrutera pas ?

 

Déoloise ayant émigré dans la capitale de la porcelaine, j’aimerais pouvoir dire que je suis sans emploi car je me suis faite limoger. Malheureusement, je ne peux même pas affirmer une telle chose.

Que proposez-vous quand des jeunes dans de telles situations, ayant moins de 25 ans et donc n’ayant pas droit au RSA, n’ayant pas droit aux allocations chômage car il faut avoir travaillé un certain temps auparavant, se retrouvent sans rien ? Oh oui, j’ai étudié mes cours de droit, je pourrais demander de l’argent à mes parents comme me le permet l’article 371-2 du code civil. Or, que faire quand l’un des parents est décédé et qu’il n’y a plus aucun contact avec l’autre - qui de toute façon est au chômage aussi, puisqu’à Châteauroux, forcément, trouver un emploi relève de l’impossible ?

Eh bien, on ne fait rien.

Alors oui, vos emplois aidés vont aider des jeunes de quartiers défavorisés, mais sont-ils les seuls à avoir besoin d’aide ?

 

Les diplômes n’assurent plus un emploi, parfois, il faut même tricher sur son CV en omettant d’indiquer son Master pour ne pas donner l’impression d’exiger un salaire exorbitant quand on postule à un job de caissière. Est-ce normal ? Pour ma part, le SMIC suffirait amplement puisque cela signifierait tout simplement avoir un travail et multiplierait mon niveau de vie par... 4.

Je dirais même plus : cherchant un stage professionnel pour devenir huissier de justice, la faible gratification du stagiaire me suffirait amplement. Si ce stage de deux ans était proposé à titre gratuit, je le ferai également sans hésiter.

Or, malgré une mobilité nationale, force est de constater que l’expérience reste la clé. Alors, l’alternance, obligatoire pour avoir de l’expérience ? On peut valablement se le demander, puisque les employeurs voudraient le beurre, l’argent du beurre, la bûche de Sainte-Maure et la pyramide de Valençay.

Ceux-ci, exigeants au possible, voudraient que l'on soit à la fois bac+5 et que l'on ait à la fois 5 ans d'expérience dans un métier demandant lui-même un bac+5 pour l'exercer. Belle logique.

 

La réussite au BAC a, cette année, encore atteint des records. Or, il serait peut-être plus sage de rendre à nouveau ces épreuves difficiles, de sorte qu’une vraie sélection ait lieu à l’université. Ou encore, que l’entrée en université se fasse sur concours.

Il faudrait peut-être aussi vraiment entamer une réforme de l'université pour rendre celle-ci moins théorique et plus pratique, plus dans l'ère du temps et dans ce qui est vraiment recherché dans le monde du travail. Là, peut-être que le chômage des jeunes diminuerait.

Il était difficile d’obtenir le baccalauréat autrefois, tout comme d’obtenir un DEUG, un DESS ou tout autre diplôme d’enseignement supérieur.

A trop niveler vers le bas, à trop vouloir de jeunes diplômés égaux avec comme norme une licence, voire un master, nous sommes condamnés à errer sur le site de pôle emploi. Ce même site qui, quand il ne bugge pas, ne propose aucun poste, ou alors des postes n’ayant parfois rien à voir avec notre formation.

 

Quand le nombre de diplômés excède la demande, il y a forcément génération de chômage engendrant une génération de chômeurs. L'accès en licence et master est aisé, sauf que, vous en conviendrez, quand on forme X étudiants en France et que le nombre de postes vacants dans le secteur de formation est 10, 20 ou 30 fois inférieure au nombre d'étudiants diplômés, il y a forcément un problème.

 

Je conclurai simplement cette missive : je veux travailler. Mais je ne peux pas : je n’ai pas d’expérience. Bref, je suis une jeune diplômée.

 

Amitiés castelroussines.

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vincent POULAIN 04/08/2013 11:52


bonjour Florian


cette missive en forme de réquisitoire est justifiée. que faut il dire quand on a passé la cinquantaine et que le handicap vous a rattrappé ?


là c'est pas compliqué.... c'est une gageure non c'est peine perdue.


un moyen   ?  une solution  ?  où ça ?


Vincent