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Le Blog de Florian Brunner

Un blog engagé où tout le monde pourra s’exprimer à sa manière sur Colmar, sa région et plus largement sur l'Europe et l'état du monde.

La Guerre d’Algérie : le traumatisme

Publié le 14 Mars 2012 par Florian Brunner

 


La guerre d’Algérie est une blessure, une blessure qui marque encore notre pays. Alors que la crise frappe notre nation, que la construction européenne se trouve ébranlée, que des défis forts attendent notre pays, il existe encore un malaise qui traverse la société. La guerre d’Algérie marque encore la mémoire collective, avec son lot de tortures, de putsch et de massacres. Alors que le cinquantenaire des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie se déroulera le 19 mars 2012, un premier bilan peut être dressé.

La Guerre d’Algérie débuta le 8 mai 1945, le jour de la victoire des Alliés sur les nazis. A Sétif, capitale du nationalisme montant, les Algériens se joignent au défilé des Français qui se rendent vers le monument aux morts. Un jeune ouvrier déploie le drapeau vert-blanc-rouge, symbole de l’indépendance. La police veut s’en emparer et tire. La panique s’empare de la foule et déclenche une émeute meurtrière. Le même soir à Guelma, le sous-préfet Achiari fait tirer sur les manifestants, arme les Français et les lance dans une répression sanglante. La répression va s’étendre à toute la région et durer deux mois. L’aviation et la marine françaises bombardent les attroupements au jugé. Ces événements ont longtemps été occultés, il s’agit pourtant du vrai début de la guerre d’Algérie. De nombreux Algériens décident alors en leur for intérieur de se battre pour l’indépendance. Les indépendantistes algériens reprendront le combat en 1954. Le 1er novembre 1954, la proclamation du Front de libération nationale (FLN) décrète la lutte armée pour l’indépendance nationale. Une vague d’attentats contre les Français en Algérie marque le début de la guerre.

 

François Mitterrand : « L’Algérie, c’est la France »


Le gouvernement français envoie alors des renforts et François Mitterrand, ministre de l’intérieur, prône le recours à la force. « L’Algérie, c’est la France » proclame alors François Mitterrand.                  

La France se perdra dans une fuite en avant en pensant que cette guerre se gagnerait par les armes. Cette guerre ne sera d’ailleurs ni gagnée, ni perdue, elle sera pour l’Algérie et la France, l’expression d’une haine sans limites causant la mort de nombreux soldats, elle sera une vaine boucherie traumatisant les deux nations belligérantes. La mollesse des dirigeants français, les institutions inadaptées de la IVème République, l’attentisme du peuple français conduisirent à une guerre dont la France a aujourd’hui honte. Comme pour la collaboration en 1939-1945, la France voit son honneur salit parce que ni son peuple ni ses élites ne se sont montrés à la hauteur de la situation. La réponse viendra d’un homme alors oublié à cette époque, un homme qui le 18 juin 1940 avait entrepris de prendre en charge l’honneur national et d’en être le seul dépositaire face à l’horreur nazie. Le Général Charles De Gaulle est oublié à Colombey-les-deux-Eglises. Eternel Général 2 étoiles parce que les suivantes ne l’intéressait pas…

 

La rédemption du Général Massu


Entre temps la France veut gagner, alors pour gagner elle engagera notamment la Bataille d’Alger. Le 7 janvier 1957, la 10e division de parachutistes du général Massu est chargée du maintien de l’ordre à Alger. La bataille d’Alger commence et le général Massu fera utiliser la torture par ses paras afin de briser la résistance du FLN. L’ordre finira par régner à Alger. Le général Jacques Massu avait été un officier parmi d’autres, rallié à Leclerc, de tous les combats pour la Libération de la France, servant en Indochine et en Suez en 1956. Sa carrière restera marquée par la Bataille d’Alger. Le 20 juin 2000, la « une » du Monde raconte l’histoire de Louisette Ighilahriz qui lorsqu’elle avait 20 ans s’est retrouvée dans les locaux de la 10e division parachutiste (DP) à Alger où elle a été violée. Louisette Ighilahriz sortira de l’enfer avec l’aide du commandant Richaud. Quand Louisette Ighilahriz se confie au Monde c’est dans l’espoir de le revoir. L’article soulève une émotion considérable. Des responsables militaires accusent Louisette Ighilahriz de mentir. Richaud aurait été un personnage imaginaire…Le général Massu sort alors de son silence et accorde une interview au Monde : « Richaud était l’un de mes bons amis, un homme de grande qualité, un humaniste mais il est mort il y a deux ans ». Au cours de l’interview, Massu avoue que la torture « n’est pas indispensable en temps de guerre » et que l’on pourrait « très bien s’en passer ». « Quand je repense à l’Algérie, cela me désole. La torture faisait partie d’une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment ».  

Les « regrets » de Massu engendrent une forte stupeur. Au contraire de ses collègues qui tentaient d’occulter dans le mensonge leurs méfaits, le général Massu a choisi d’assumer ses actes sur la place publique, afin de révéler ce qui s’était réellement passé sous ses ordres. Jacques Massu mourra deux ans plus tard, le 26 octobre 2002. Entre temps il accordera une dernière interview au Monde « La torture est quelque chose de moche. C’est un engrenage dangereux. Institutionnaliser la torture, je pense que c’est pire que tout ! ». Depuis ces révélations, les journalistes ont poursuivi leurs enquêtes et d’autres révélations virent le jour. Le Général Aussaresses, ancien khâgneux, ancien héros de la France Libre révélera avoir pratiqué la torture « sans regrets ni remords ». Il sera dégradé de la Légion d’honneur par Jacques Chirac, en 2005.

 

« L’affaire du poignard » : Jean-Marie Le Pen, le tortionnaire révélé


Une enquête du Monde le 4 mai 2002, à l’avant-veille de l’élection présidentielle, ouvre « l’affaire du poignard ». A Alger, un indépendantiste algérien est torturé devant sa femme et ses six enfants par une vingtaine de parachutistes français conduit par un homme blond, grand et fort, que tout le monde nomme « mon lieutenant ». Les parachutistes achèveront le père d’une rafale de mitraillette et laisseront un poignard sur place. L’un des enfants s’en empare et le cache. Sur le fourreau de l’arme, il y est écrit : JM Le Pen, 1er REP. La « une » de la presse algérienne sera en 2000 accordée à Jean-Marie Le Pen, son nom s’étale en toutes lettres. La photo le présente au garde à vous devant le Général Massu qui lui remet la Légion d’honneur. La famille de la victime est sous le choc. L’enquête du Monde du 4 juin 2000 est consacrée en partie à des témoignages d’anciens combattants algériens qui accusent Jean-Marie Le Pen de tortures à Alger, en 1957. Le leader d’extrême droite dénonce une « machination immonde » et porte plainte pour diffamation contre Le Monde. Jean-Marie Le Pen ira jusque devant la Cour de cassation où son pourvoi sera rejeté. Ainsi la guerre d’Algérie fut l’occasion pour Jean-Marie Le Pen de laisser libre court à son sadisme. Durant sa vie militaire Jean-Marie Le Pen ne se démarqua pas par des faits de bravoure, non, il gagna sa Légion d’honneur en pratiquant des actes de torture. La révélation de ces faits poussa Jean-Marie Le Pen dans une dernière pitrerie dont il a le secret. Cela fait des années que ce tortionnaire impose à la France ses aboiements excessifs qui fatiguent une grande part de la société mais qui ont causé son accès au second tour de la présidentielle en 2002…Que le Front National passe au second tour soit, mais qu’un homme ayant commis de tels actes se retrouve à une situation aussi importante dans la démocratie française donne à s’interroger sur le choix des citoyens et l’orientation qu’a pris notre régime.

 

1958 : le basculement, le retour du Général De Gaulle


La IVème République reste impuissante face au problème de la guerre d’Algérie. Charles De Gaulle, ancien élève arrogant de Saint-Cyr qui n’hésitait pas à remette en cause les enseignements de ses professeurs, élève doué et solitaire, soldat courageux et entreprenant, cet homme avait fait son chemin et rencontré son destin le 18 juin 1940 lorsqu’il fallait continuer à se battre contre l’invasion nazie. En 1958, ce héros de la seconde guerre mondiale a 68 ans. Et plus que jamais il souhaite son retour aux affaires. Le 26 avril 1958, des manifestations se produisent à Alger en faveur de l’Algérie française. Trente mille Algérois demandent un gouvernement de salut public après la chute du gouvernement Gaillard. Le 13 mai 1958, le gouvernement général est pris par les Européens à Alger. Un Comité de salut public est créé sous la présidence du général Massu, et on fait appel au Général De Gaulle. L’ancien chef de la France Libre se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République. Le 1er juin 1958, l’Assemblée nationale investit Charles De Gaulle comme président du conseil par 339 voix contre 224. Le 4 juin 1958, le Général De Gaulle lance à Alger, à la foule en liesse : « Je vous ai compris ». Le 21 décembre 1958, Charles De Gaulle est élu Président de la République. A ce moment-là personne d’autre n’est prêt à assumer le destin de la France, aucune autre personnalité ne s’est révélée à la hauteur des enjeux, toutes ont été balayées par leur lâcheté et leur inaction. Le héros est de retour. Des erreurs seront commises mais l’action du Général De Gaulle pour mettre fin à ce conflit sanglant, pour rendre enfin l’indépendance à l’Algérie et ouvrir une ère nouvelle est à saluer.

 

La stratégie gaullienne : l’indépendance de l’Algérie


Le 6 février 1959, le plan Challe est lancé, fondé sur le principe de pacification, en Oranie. Cette nouvelle opération militaire basée sur la capacité de projection des hélicoptères permet à la France de reprendre le dessus sur le terrain. En effet le FLN sera battue par les troupes françaises. L’objectif du Général De Gaulle est bien de donner l’avantage à la France en vue des négociations. Car pour De Gaulle les choses sont claires : l’Algérie sera indépendante. Le « Je vous ai compris » du Général De Gaulle visait à calmer les masses et à leur faire croire ce qu’elles avaient envie de croire. Charles De Gaulle sait qu’il ne peut pas dévoiler ses intentions sinon il se mettrait à dos de nombreux soutiens, il choisit l’ambiguïté dans ses interventions pour occulter une stratégie déjà établie. Il abattra ses cartes au fur et à mesure. Le 16 septembre 1959, de Gaulle proclame le droit des Algériens à l’autodétermination par référendum. Le 28 septembre 1959 le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) refuse la proposition de De Gaulle. Le GPRA exige l’indépendance totale avant toute discussion. Le 10 novembre 1959 le Général De Gaulle fait un appel au cessez-le-feu. Le 24 janvier 1960, c’est le début de la semaine des barricades à Alger. Les soldats partisans de l’Algérie française s’opposent alors au Général De Gaulle, ce qui cause vingt-deux morts et cent cinquante blessés le premier jour. Le 8 janvier 1961, les Français se prononcent par référendum à 75% pour le droit à l’autodétermination du peuple algérien.                                                                                                                                                  

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan ont tenté de s’emparer du pouvoir. Ainsi un « quarteron de Généraux en retraite » comme le dira De Gaulle tente de renverser le pouvoir en place. Tentative désespérée de Généraux dépassés, dinosaures de l’Armée qui souhaitent encore manifester leur présence avant leur totale disparition. Le 26 avril 1961 le Putsch des généraux à Alger échoue. L’Armée française reste fidèle au Général De Gaulle. L’Organisation armée secrète (OAS) qui souhaite le maintien de l’Algérie française perpétue des attentats et a même tenté de porter atteinte à la vie du Général De Gaulle avec l’attentat du Petit-Clamart.  Ainsi une partie de l’Armée française tente de préserver l’Algérie française, en vainL’histoire est désormais en marche.

 

Le 17 octobre 1961 : Maurice Papon massacre des manifestants à Paris


A cinq mois de la fin de la guerre d'Algérie, le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d'un des plus grands massacres de gens du peuple de l'histoire contemporaine de l'Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon, qui est aujourd’hui connu pour sa collaboration avec les nazis lors de la seconde Guerre Mondiale. Maurice Papon qui a gardé ses bonnes vieilles méthodes organise une réponse policière terrible. Peut-être entre 150 et 200 Algériens sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d'Algérie sera occultée. De Gaulle sera très irrité par cet événement mais tirera le rideau, pensant ne pas pouvoir se passer d’alliés comme Michel Debré (premier ministre en charge du maintien de l’ordre…). Cette alliance avec Michel Debré est très contestable et notamment le maintien de Maurice Papon en tant que préfet. Des sanctions sévères auraient dû être prises. L’exécution de 150 à 200 Algériens est un massacre qui devait conduire à la remise en cause de plusieurs responsables.

 

1962 : Les accords d’Evian


Le 7 mars 1962 les négociations d’Evian s’ouvrent. Les négociations s’attardent sur la situation du Sahara où les essais nucléaires français sont effectués, la France voulant y continuer ses opérations. Mais le FLN sera ferme et la France devra poursuivre ses essais ailleurs. Le 16 mars 1962, les accords d’Evian sont signés. Le 19 mars 1962 le cessez-le-feu est annoncé officiellement en Algérie. Outre le cessez-le-feu immédiat, les accords prévoient un référendum d'autodétermination --99,72% de "oui" le 1er juillet en Algérie, après celui qui approuve les accords d'Evian en métropole le 8 avril. L'indépendance sera proclamée symboliquement le 5 juillet 1962. L’OAS lance alors une politique de la terre brûlée. Près d'un million de "pieds-noirs" partent pour la métropole et des milliers d'Algériens fidèles à la France sont massacrés dans leur pays. Quant aux "harkis", supplétifs de l'armée française, ils seront oubliés et abandonnés par la France. Les Harkis à partir des Accords d'Evian, se retrouvent privés de la nationalité française, dépouillés et sans protection face à l'Armée de Libération Nationale. 150 000 d'entre eux vont périr après avoir été torturés. Ainsi la France fait le choix délibéré de laisser périr les Harkis c'est-à-dire les soldats Algériens qui ont combattu aux côtés des forces françaises dans un conflit fratricide. Il était certain que le FLN irait supprimer les Harkis après les pires tortures, il était certain que laisser les Harkis en Algérie les conduirait à leur perte. La France ignorera les Harkis ainsi que leur massacre. Les Harkis qui réussiront à aller en France seront très mal accueillis. Ils ne cesseront de se battre pour obtenir une reconnaissance de la part de l’Etat français. L’abandon des Harkis est la plus grande erreur de Charles De Gaulle qui ternit son action pourtant efficace en Algérie. L’indépendance de l’Algérie était inévitable, De Gaulle a été le seul dirigeant à cerner cette réalité, à ne pas se voiler la face et à accomplir la stratégie nécessaire afin d’y parvenir. Mais trop pressé de se débarrasser du poids algérien, Charles De Gaulle hâta le départ des troupes en laissant l’OAS commettre ses exactions, en laissant les Harkis se faire massacrer, en laissant les pieds-noirs fuir dans la panique un pays qui allait sombrer dans le chaos. Le départ des pieds-noirs était inévitable, seuls des doux rêveurs pensaient que des français pouvaient continuer à vivre en Algérie après tous les méfaits commis. La France n’avait plus rien à faire en Algérie. La transition aurait toutefois dû être mieux gérée. Mais désormais le destin algérien appartenait à son peuple qu’elles que soient les conséquences. L’indépendance de l’Algérie a été un processus démocratique, effectué grâce aux référendums avec l’appui des peuples français et algériens. L’action gaullienne a été une action démocratique, portée par les peuples, qui clôturait la période inutile et sanglante du colonialisme. Le retour du Général De Gaulle a été nécessaire car il a entrainé une évolution irréversible, portée par un héros, un héros qui a traversé des épreuves, qui a commis de graves erreurs mais tout héros est imparfait, tout héros reste humain. Le Général De Gaulle a assumé une lourde charge et a permis à la France de sortir de l’impasse du colonialisme et d’opérer un renouveau social et économique. En 1962, d’autres défis attendent la France, elle tentera d’oublier ce lourd passé avant qu’il ne ressurgisse et qu’il ne faille l’affronter directement et collectivement.

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