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Le Blog de Florian Brunner

Un blog engagé où tout le monde pourra s’exprimer à sa manière sur Colmar, sa région et plus largement sur l'Europe et l'état du monde.

Interview: Florian BRUNNER sur "Paroles d'Actu"

Publié le 10 Août 2013 par Florian Brunner

 

 

http://parolesdactu.canalblog.com/archives/2013/05/27/27160070.html

 

                                    

                          Florian Brunner

 

Représentant des Jeunes Démocrates de France (Young Democrats for Europe),

 

Président des Jeunes Démocrates (MoDem) d’Alsace.


 

Florian-photo-2

 

            "Il faut un sursaut du peuple français"

 

 

Bonjour Florian Brunner. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs aient à l'esprit vous concernant avant d'aller plus loin ?

 

Je suis actuellement Président des Jeunes Démocrates d’Alsace et Représentant des Jeunes Démocrates de France chez les Young Democrats for Europe. Durant mon parcours, j’ai toujours tenté de renouveler l’engagement et l’action politique. J’ai participé à de nombreuses démarches collectives dépassant les clivages au service d’un projet commun.

 

En 2008, après l’annulation de premières élections municipales à Colmar en Alsace par le Tribunal Administratif de Strasbourg, des jeunes de tous courants politiques se sont retrouvés pour constituer une liste dépassant les clivages. J’ai participé à cette aventure. Nous avons constitué une liste « Bougeons les lignes ! ». Le Maire est repassé dès le 1er tour. Notre liste a totalisé 1088 voix soit 5,39% des suffrages. Nous avons été remboursés et notre tête de liste, Tristan Denéchaud, a été élu au Conseil Municipal de Colmar. Nous avons constitué une association afin de structurer notre action. J’en ai été Secrétaire durant trois ans et Président durant un an.

 

Début 2012, dans le contexte du débat sur la Collectivité Territoriale d’Alsace, un collectif « transpartisan » de jeunes engagés sera formé. Les Jeunes Démocrates d’Alsace en font partie. Le collectif Alsace Unie regroupe outre les jeunes MoDem, des jeunes UMP, PS, EELV et « Bougeons les lignes ! ». Nous structurons une association début 2013 afin de défendre le « Oui » à la Collectivité Territoriale d’Alsace. Malgré le résultat du référendum chaotique, l’expérience sera positive pour les Jeunes Démocrates d’Alsace. Nous avons réussi à émerger et à nous affirmer dans une coalition, notamment au niveau médiatique. Nous avons pu entraîner une formation dynamique dans une campagne électorale qui mobilisait de nombreux acteurs. Les Jeunes Démocrates d’Alsace ont été fiers de défendre un projet pour l’Alsace et continuent de s’engager pour leur Région.

 

J’ai également commencé à travailler pour Jean Lassalle, le député MoDem qui fait un tour de France à pied pour écouter les citoyens. J’ai rencontré Jean Lassalle à Strasbourg, où j’ai organisé une réunion publique pour sa venue. Nous avons marché dans Strasbourg puis nous nous sommes retrouvés à Gueberschwihr pour entamer une marche de 17h à 00h30 où je l’ai guidé jusqu’à Ensisheim. Une marche sous les étoiles, où nous avons pu échanger sur l’exercice physique, les montagnes et la famille. Guidés par l'équipe des militants MoDem de Mulhouse, nous nous sommes rendus le lendemain à Mulhouse. J’ai été chargé par Jean Lassalle d'animer une équipe sur le thème des Jeunes et de l'Europe, dans le cadre des Cahiers de l’Espoir.

 

À côté de l’action politique, j’aime beaucoup pratiquer le sport. Je me suis adonné au ski, à l’escrime, à la randonnée, au jogging, à la natation et à la musculation. Je suis également un grand cinéphile, féru de l’actualité du 7ème art, avec un penchant pour l’action et l’aventure. Je compose également de la musique électronique et je travaille sur différents projets en ce moment.

 

François Hollande est à l'Élysée depuis un an. Établir un bilan sur 20% d'un parcours donné n'est pas forcément pertinent. J'aimerais plutôt vous demander ce que vous inspirent ses orientations politiques telles que vous les percevez, sa manière de gouverner et de représenter la France en Europe et dans le monde ?

 

En 2012, j’ai voté François Hollande au second tour de la présidentielle. Je l’avais annoncé dans les médias locaux. La présence de François Hollande dans l’élection présidentielle en tant que candidat de la gauche ne m’a pas surpris. En effet François Hollande, dès fin 2009 s’est lancé dans une phase de conquête du parti en vue de 2012. Un homme qui a été Premier secrétaire du Parti Socialiste pendant tant d’années avait forcément une bonne connaissance des réseaux et une bonne maîtrise qui en faisaient dès le début, le véritable favori des primaires socialistes. Certes, Dominique Strauss-Kahn était flambant neuf au FMI mais ses relations avec les femmes soulevaient déjà des scandales, il semblait évident qu’elles le rattraperaient. François Hollande semblait être un bon manœuvrier avec suffisamment d’intelligence et de fond pour y arriver. Surtout il était sous-estimé ce qui devait faciliter sa percée. Ça a été le cas. François Hollande avait un bon discours au départ et a amené des propositions intéressantes mais au fur et à mesure de la campagne, il a été piégé dans son parti. En outre, une fois élu, il était clair que l’équipe qu’il mettrait en place ne serait pas en accord avec un véritable changement et qu’il devrait s’en accommoder. « Le changement, c’est maintenant », personne n’y a vraiment cru. Le changement pour beaucoup de citoyens, c’était le départ de Nicolas Sarkozy. Et en effet, nous avons soufflé avec le résultat de la présidentielle. Nicolas Sarkozy était trop proche des thèses de l’extrême-droite, trop atlantiste. Nicolas Sarkozy ne répondait plus aux attentes de l’aile centriste de la droite qui a d’ailleurs voté pour François Hollande. François Hollande apparaissait comme un homme plus modéré et ouvert au dialogue. Nicolas Sarkozy est un homme trop fermé, trop autoritaire et chaotique dans son action. En outre, de nombreuses affaires ont animé le mandat de Nicolas Sarkozy. Il fallait en finir. Nicolas Sarkozy a perdu parce qu’il ne rassemblait plus son camp et surtout son aile modérée. La stratégie de siphonner l’extrême-droite a été un échec. Du président sortant, on attendait un barrage, pas un mariage. Tous ces facteurs font qu’un an après, je ne regrette pas mon vote pour François Hollande.

 

Après le délire sarkozyste pro-américain, le retrait des troupes françaises d’Afghanistan est à saluer. Dans la Défense française, nous continuons cependant à colmater les brèches. Notre Armée est encore de qualité et a une bonne capacité d’action, mais nous restons trop limités. L’intervention au Mali en reste un exemple : nous avons été leaders de l’intervention mais nous avons eu de grands soutiens logistiques de la part d’alliés comme les États-Unis. En outre, cette action au Mali a permis de mettre fin à l’autocongratulation de Nicolas Sarkozy, Chef de Guerre autoproclamé depuis l’intervention en Libye contre un homme à qui il avait ouvert les bras au début de son mandat. François Hollande n’étant pas crédible en Chef de Guerre, on est maintenant sûr de calmer les fantasmes de la classe politique française sur les expéditions militaires. En plus, ils ont l’air d’avoir compris que ça avait des coûts. La Défense européenne est un chantier très important. Nous devons le débuter. Les pays européens sont encore trop mous sur cette question et le chemin vers une armée européenne semble difficile. Mais il faut s’y atteler. Nous avons besoin de leaders qui fassent des compromis et qui, en même temps, sachent trancher. Nicolas Sarkozy tranchait à l’excès et François Hollande veut s’entendre avec tout le monde. Nous avons deux opposés. Au final ce serait plus simple, si ces deux personnalités n’en formaient qu’une pour trouver un équilibre. La légalisation du mariage homosexuel était une avancée nécessaire, même si un autre terme comme Union aurait été préférable et même si le débat suscité par cette légalisation a entraîné trop de violences. Ces violences auraient dû être évitées. C’est curieux que notre pays en soit arrivé jusque là avec un président plutôt tourné vers le compromis…Il faut dire que ces violences arrangeaient bien du monde. Pour la droite et l’extrême-droite, on ne parlait plus de leurs divisions et ils pouvaient mobiliser leur électorat sur cette thématique. Pour la gauche, on n’abordait pas d’autres problèmes au gouvernement. Heureusement, tout ce désordre est désormais fini. Il était temps, ça devenait usant.

 

Au niveau de la culture, François Hollande et son gouvernement ont eu raison de défendre l’exception culturelle dans le domaine de l’audiovisuel. L’exception culturelle est un sujet très important pour l’identité des pays et leurs marchés. L’exception culturelle ne concerne pas que la France mais l’ensemble des cultures et des pays qui doivent se protéger face à un marché très libéral et dangereux. Nous ne devons pas être abreuvés de culture américaine, nous devons aussi avoir nos propres contenus culturels. C’est aussi important que la question de l’environnement. La diversité culturelle doit être entretenue comme la diversité des espèces d’animaux ou de plantes. Jean-Michel Jarre, le président de la Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs et Compositeurs (CISAC) a rappelé ces éléments avec beaucoup de pertinence et un beau mordant. Nous ne sommes pas les Indiens d’Amérique, incapables de se défendre face aux colons. Le cinéma américain peut être de grande qualité mais il produit aussi trop de films et trop de films de mauvaise qualité. Un débat s’est ouvert sur ce sujet aux Etats-Unis. Les studios américains ont tendance à vouloir placer trop d’argent dans des blockbusters (ou « tent-poles ») censés ramener de gros bénéfices alors que le public n’est pas demandeur ce qui conduit à de grands échecs financiers qui remettent en cause toute l’industrie hollywoodienne. Avec Lone Ranger, Disney a subi de lourdes pertes. Disney tient aujourd’hui grâce au succès de ses parcs d’attraction Disney World. Nous ne devons à aucun prix rentrer dans un tel système qui risque d’ailleurs de s’effondrer. De grands cinéastes américains comme Steven Spielberg poussent des cris d’alarme. Nous pouvons construire une alternative, fondée sur une économie plus durable.

 

Nous pouvons aussi constater que les médias restent accrochés à la fonction de Président de la République. En fin de compte, la médiatisation de la fonction se poursuit mais cette fonction apparaît de plus en plus vide de sens. François Hollande est prisonnier de son camp et avec l’état de l’Administration française actuelle, il n’a pas de véritables leviers d’action. Les citoyens ont aussi tendance à tout ramener à la fonction présidentielle. La réalité, c’est que le Président de la République (c’était aussi vrai du temps de Nicolas Sarkozy) n’est pas responsable de tout. De manière plus globale, les responsables politiques ne sont pas la source de tous les maux en France. Il y a ce que toute une société (notamment celle qui a émergé en Mai 68) a échafaudé : une France à la traine, avec de nombreux problèmes de fonctionnement. Le système scolaire français connaît de graves problèmes de l’école primaire à l’Université, l’Administration française est une usine à gaz sans efficacité, la création et l’entrepreneuriat ne sont pas assez favorisés et il reste trop de pessimisme et de résignation. Les Français sont aussi trop figés sur le passé, il serait temps de penser à l’avenir. Le pays, l’histoire d’un pays est un concept auquel les Français semblent attachés. Ce concept a sa pertinence. Mais les Français doivent aussi prendre du recul. D’abord nous sommes tous des êtres humains sur une planète installée dans un espace qui semble infini. L’exploration spatiale est un grand défi aussi qui est à relever. La France a un rôle à y jouer, d’abord parce qu’elle y a pris une belle avance en Europe avec Ariane. La France s’est lancée dans la conquête spatiale sous l’impulsion du Général De Gaulle puis l’Union européenne a rejoint cette démarche. Dans les années 60, la France était la 3ème puissance spatiale dans le monde. Aujourd’hui l’exploration spatiale en Europe a un beau potentiel. Dans le domaine scientifique, il reste de nombreuses choses à accomplir. Il est important que les Français se mettent à comprendre l’avenir et à en parler. On ne fait pas l’Histoire en pensant à l’Histoire, on fait l’Histoire en pensant à l’avenir. Ce que nous regardons comme des actes passés ont d’abord été des actes d’avenir. La France d’ailleurs est un pays moderne avec de nombreux atouts qu’elle peut exploiter. Nous sommes au sein d’une union économique forte (l’Union européenne), nous ne connaissons plus de guerres sur notre sol, notre système sanitaire est efficace, nous avons de nombreuses possibilités. Rien ne justifie un tel pessimisme. Nous ne sommes pas dans un pays ravagé d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud, nous sommes en France et en Europe. Une différence de taille.

 

Le "redressement", il en est beaucoup question en ces temps de crises, en tout cas dans les discours. Quelles sont les décisions, les actions que vous appelez de vos vœux pour les prochaines années pour atteindre cet objectif ?

 

Je ne pense pas que le « redressement » doive être l’objectif. Si l’on ne voit que ça, on risque surtout de ne rien atteindre. La crise ce n’est pas un passage entre une période où tout allait bien et une autre période où tout ira mieux. Il ne suffira pas d’attendre pour que tout se redresse par miracle. Dans le terme de « redressement », il y a l’idée aussi de tout rétablir comme dans un état antérieur. Or, soyons lucides, depuis les années 70, la France n’arrive pas à enrayer le chômage. Et les années 60, aussi éclatantes qu’elles ont pu être, comportent aussi leur part d’ombre. Nous n’allons donc pas remonter le temps. Ce qu’il faut, c’est initier un renouveau. Il faut oublier les vieilles méthodes pour entamer une démarche nouvelle et différente. Il y a tant de structures à changer, tant de réformes à faire que le terme « redressement » est faible. Nous devons parler de « Renouveau ».

 

Nous pouvons évidemment envisager de nombreuses réformes. Le système éducatif actuel n’est plus adapté à la jeunesse. Trop de pertes d'élèves chaque année sans diplôme, trop de chute du niveau, pas assez d'apprentissage et d'indépendance de l'élève (apprendre à apprendre…). L’obsession de la mémorisation dans le système scolaire français est une grave erreur. La capacité de mémorisation n’est en rien une preuve d’intelligence. L’intelligence humaine regroupe d’autres aspects comme la capacité de réflexion et de déduction. Ces aspects sont tout simplement ignorés voire méprisés dans l’Université française. On en constate aujourd’hui les dégâts. Les responsables universitaires les plus réformateurs sont paralysés, le système reste figé dans son inefficacité et refuse de bouger. Nous pourrions instaurer une sorte de BAC à la carte où les élèves trouveraient leurs spécialités avec une refonte totale de l’Université, une université moins théorique et plus proche de la pratique et du monde de l’emploi. Il serait important de mettre comme priorité l’enseignement des langues, encore une fois moins de théorie et plus de pratique. L'éducation est aujourd'hui également citoyenne. Elle apprend à vivre dans la société dans laquelle on évolue, à la comprendre, à devenir une personne civique et à se perfectionner dans un domaine choisi pour trouver un travail qui nous intéresse afin de gagner sa vie. Aujourd'hui, on demande à l'éducation de plus en plus de remplacer les parents dans le sens où, par la variété des cultures, elle a besoin d'apprendre les valeurs communes qui pourraient paraître basiques pour certains mais qui manquent à d'autres. L'éducation est dans un grand paradoxe aussi entre les riches et pauvres, avec une très forte inégalité. Elle en a un autre en ce qui concerne les zones géographiques. Elle a de plus en plus de priorités et est la base même de notre société future, de nos futures élites, elle doit de plus en plus accomplir des missions différentes et ceci avec des moyens qui ne suivent pas. Ainsi, à la place d'un service militaire strict, et à la place de rien (la journée d'appel à la défense qui est inutile), nous pourrions imaginer plusieurs options : un service européen qui sera au choix soit militaire, soit dans une association caritative pour apprendre à tout le monde, quelles que soient les ressources de ses parents, que la solidarité est une force et la base d'une société soudée, unie pour repartir dans une même direction, non divisée. Il pourrait également y avoir des partenariats dès le plus jeune âge entre les écoles des différentes nations européennes afin de créer un partage culturel européen, d’apprendre une langue très jeune. Tout cela va dans le sens d’un accès à la culture : développer les liens entre les nations européennes. Vouloir créer un État européen avec une Constitution, c'est bien, mais il faut déjà créer un lien culturel, du moins développer celui qui existe déjà. Rapprocher les générations lors des manifestations, conserver les cultures et traditions géographiques qui sont une richesse incroyable et qui prouvent que la France est un pays uni dans la diversité, un bon exemple pour l'Europe. Les jeunes devraient aussi pouvoir créer leur entreprise plus facilement. Quand on est jeune, on a de nombreuses idées, et pas d’argent pour les réaliser. Ensuite quand on a un peu de moyens on n'a plus d'idées ou beaucoup moins, sauf exception pour des gens très créatifs. C'est là que le lien doit se faire, entre d'un côté, des banques, des structures de financement (associatives, coopératives, ou encore publiques - collectivités), ou des entreprises importantes, voire des particuliers, et de l'autre côté, des jeunes qui ont envie d'entreprendre. Bien sûr, il y aura des pertes, des faillites, mais qui ne tente rien n'a rien. C'est encore une force de nos voisins allemands ou suisses, chez qui on voit nombre de jeunes entrepreneurs. Chez nous, si l'on n’a pas au minimum la trentaine, on ne nous fait pas confiance et on ne nous prête pas un centime.

 

Quelles que soient les divisions aujourd'hui sur la fainéantise, la qualité de travail des chômeurs, les qualifications des chômeurs, le principal problème est qu'il n'existe pas autant de nombre de places à pourvoir que de demandeurs d'emploi. C'est à dire que ce n'est pas parce que les chômeurs sont fainéants qu’il y a du chômage mais parce qu'il manque de la demande de travail. Cette pénurie de demande de travail s'explique par de multiples raisons combinées : la complexité de notre code du travail, des lois et règlements imposants et non plus naturels, un problème du lien éducation et monde du travail, des capacités non exploitées des personnes qui n'arrivent pas à se mettre en valeur et qui n'ont plus confiance en elles pour se lancer dans un travail et se perfectionner, ce dernier point étant essentiel aujourd'hui. Il faudrait mettre en place un système de retraite plus juste, négocier dans les conventions collectives, les branches, les conventions spécifiques par emploi, et créer une fiche nationale des métiers qui existent avec une tolérance de l'âge de départ à la retraite. L'espérance de vie augmente, mais la force de l'employé, sa santé ne suivent pas forcément en fonction de l'emploi qu'il a occupé durant toute sa vie.

 

Il y a aussi des blocages comportementaux ou barrières comportementales : nous ne pouvons que constater l’échec du vivre ensemble dans l’entreprise et l’administration. La rationalisation des process (procédés de création de biens ou de services) passe par une simplification outrancière des tâches de production, des savoir-faire se perdent et une déqualification technique des acteurs s’opère. Le but final est d’employer moins de monde, quitte à perdre en technicité. Depuis le début de la contraction du marché du travail, on voit se déployer avec force des stratégies de verrouillage et d’accaparement de postes, et ce jusqu’aux plus hautes responsabilités. De par leur formation, les cadres ne connaissent pas le terrain, entraînant des décisions hasardeuses et empiriques, ce qui les décrédibilise face à leurs employés. Une mise à plat est nécessaire : en temps de crise, le réflexe est de durcir les conditions de travail sans repenser l’organisation et les moyens en œuvre. Les solutions éculées sont maintenues coûte que coûte et les solutions alternatives ne sont pas mises en œuvre car on a exclu ou bridé les créatifs qui pourraient les porter. Il faut à tout prix attirer des individus prometteurs dans les filières professionnelles, qu’ils s’étoffent sur le terrain afin de donner à terme tout leur potentiel dans l’encadrement ou la recherche et développement. À l’exemple des CFA (Centre de Formation d’Apprentis), il faut que l’enseignement et le monde du travail se rapprochent pour leur bénéfice mutuel, avec des passerelles favorisant les va-et-vient entre enseignement et activités professionnelles pour les étudiants mais aussi les professeurs. Ainsi nous pouvons que constater un énorme gâchis, des potentiels bridés voire ignorés, ceux-là même qui nous permettraient de nous en sortir, mais par-dessus tout une crise de confiance. L’entrepreneur n’a plus la confiance de l’investisseur, le dirigeant n’a plus la confiance du travailleur, le politique n’a plus la confiance du citoyen, et les aînés n’ont plus la confiance de la jeunesse. On le voit déjà, il n’est plus question du Président de la République mais bien de nos problèmes, de nos lacunes et de nos erreurs. Il n’est plus question de l’Europe qui nous causerait du tort, il est bien question des retards de la France dans de nombreux domaines. Et l’Europe, on le voit, apporte de nombreuses solutions. Si nous voulons un avenir, nous devrons savoir l’inscrire dans le cadre de l’Union européenne. Ce que j’appelle de mes vœux, c’est un sursaut des Français. Il est trop facile de plier et de pleurer lorsque les temps apparaissent difficiles. Un peuple doit savoir se montrer courageux et nous ne nous en sortirons qu’en mobilisant l’intelligence collective.

 

Quel message souhaiteriez-vous adresser au président de la République ? Quelque chose à ajouter ? Merci !

 

Je peux lui dire qu’il ne sert à rien d’occuper une fonction comme la sienne, sauf pour s’attirer une multitude de désagréments, sauf pour se retrouver attaqué de toute part, sauf pour être perpétuellement sous le feu de la critique, sauf pour être observé par une foule de commentateurs ayant chacun leur vision des choses. La fonction de Président de la République apparaît plus aujourd’hui comme une source d’ennuis pour son occupant que pour un poste donnant des leviers d’action. Notre monde et notre pays ont changé. Nous ne sommes plus dans les années 60. Jouer au Général De Gaulle est adapté pour les jeux de stratégie retraçant les anciennes épopées, mais dans la réalité de notre présent, nous attendons autre chose. En outre, quelle preuve de manque de personnalité que d’imiter plutôt que de tracer sa voie... Les Français aussi doivent prendre de la distance avec leurs reliques. La fonction présidentielle doit être abordée à notre époque de manière plus décontractée, avec plus de recul. Arrêtons ce culte du solennel et de la complexité, allons vers un système plus simple et efficace. François Mitterrand était aussi un spécialiste de la posture hautaine. Laissons De Gaulle à l’Histoire, laissons Mitterrand aux archives. Un ancien Président qui mérite l’attention est à mon sens Valéry Giscard d’Estaing. Président centriste de 1974 à 1981, il adoptera une attitude plus décontractée, plus appropriée et lancera le pays dans un élan moderne et réformateur. De nombreuses réformes sociétales seront menées. Elles ne diviseront pas le pays comme la légalisation du mariage homosexuel, elles seront acceptées et appliquées. La légalisation de l’avortement était une réforme sociétale importante, elle n’a pas conduit les foules dans la rue. Valéry Giscard d’Estaing a inscrit son mandat dans l’innovation, une innovation concertée et assumée. La France a besoin d’un mandat de l’innovation. Aujourd’hui, François Hollande se perd dans une contemplation de la figure poussiéreuse de Mitterrand et de la figure de marbre de De Gaulle. Soit. Mais nous, nous avons besoin d’un visage de chair. François Hollande en bon élève socialiste, cite la figure gaullienne parce que tout le monde la cite, puis évidemment en vient à la figure mitterrandienne qui est plutôt controversée… Il ne va pas citer un Président centriste, jamais. Ce serait une hérésie pour les barons frileux de la gauche et pour les électeurs socialistes perdus dans le mysticisme d’un changement émanant de la gauche éternelle et pure. Qu’il ne le cite pas alors, pour caresser ses troupes dans le sens du poil. Mais qu’il s’en inspire, notamment dans la modernisation qu’il a pu apporter au pays, tout en concertant les différents acteurs. Alors que François Hollande a renvoyé la ministre Delphine Batho du Gouvernement, Valéry Giscard d’Estaing a su faire une place aux femmes dans son gouvernement, des femmes comme Simone Veil ou Françoise Giroud. Delphine Batho, en tant que Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie, avait le droit d’exprimer son désaccord sur la politique du gouvernement. En exprimant ce désaccord, ce n’est pas son attitude qui était choquante, ce qui était surprenant, c’était de constater que François Hollande n’arrivait pas à concilier sa propre équipe. Si Delphine Batho a protesté, c’est parce que François Hollande n’a au préalable pas écouté et n’a pas créé le consensus dans son gouvernement. François Hollande n’a pas su négocier. Comme Daniel Cohn-Bendit l’a souligné, l’éviction de Delphine Batho apparaît comme une manœuvre autoritaire et machiste. Daniel Cohn-Bendit qui est le seul, d’ailleurs, à proposer une stratégie et une démarche pertinentes pour Europe Ecologie Les Verts. Sinon, dans le courant des écologistes, je ne vois personne d’autre d’intéressant. Ségolène Royal avait été bien mieux traitée par François Hollande. Peut-être que Delphine Batho aurait dû être la maîtresse de François Hollande, mais cela aurait été compliqué avec Valérie Trierweiler… Je n’ai d’ailleurs pas du tout compris l’affaire du tweet. Dérisoire. François Hollande doit savoir gérer son équipe, la fédérer. Lionel Jospin, qui a été l’un des mentors de François Hollande, arrivait bien mieux à encadrer son gouvernement en tant que Premier Ministre. François Hollande doit mettre en place une méthode du compromis, sinon il finira comme Nicolas Sarkozy. On ne lui souhaite quand même pas ça. François Hollande devrait vraiment travailler son concept de « candidat-président normal ». C’est tout à fait giscardien comme démarche. Nicolas Sarkozy s’y est risqué mais il s’est perdu, il était trop grisé par la fonction. François Hollande, après tout, est normal. Il est président de la République, soit, mais les chefs d’État, ce n’est pas ce qui manque dans le monde. Les médias français se concentrent sur le Président. Ce dernier entreprend des actions à la tête de l’État. Tout ça fait partie de la marche de notre pays depuis une longue période, c’est normal. Après, tout le monde ne devient pas Président de la République c’est sûr, mais il en va de même pour tous les postes décisionnels. La situation est normale. Nicolas Sarkozy était, en comparaison, plutôt étrange. L’homme est étrange.

 

François Hollande a raison, en revanche, de souligner l’importance de l’état psychologique du pays pour relancer notre économie. Et comme il le dit, l’optimisme est important. François Hollande est tout à fait libre d’être optimiste, il serait en train de pleurer sur le sort de la France et de dire qu’il ne faut plus rien faire, là, je me poserais des questions. Il y a tellement de Français pessimistes et fatalistes sans raison, laissons à François Hollande le droit d’être optimiste parce que, malgré la crise, notre pays a encore du potentiel, notamment dans notre économie. Le défi est de réussir à stimuler ces potentiels. Ce n’est pas impossible. Pour parvenir à relever des défis, il faut le vouloir. Nous sommes dans un contexte de concurrence. On n’a jamais vu un dépressif remporter une épreuve sportive. Il en va de même pour un pays. Si la France veut se maintenir dans le peloton de tête dans la compétition, il faut qu’elle ait l’énergie et la volonté. Nicolas Sarkozy n’exprimait que de la tension, il épuisait les Français. Le climat du mandat de François Hollande est plus apaisé et plus propice à un changement d’état d’esprit des Français. Et je pense que si la droite veut réellement se relancer, après tant de défaites électorales, il faut qu’elle passe à autre chose, elle a quelques leaders intéressants, en tout cas plus intéressants que Nicolas Sarkozy. Ce qui est certain avec François Hollande, c’est qu’au moins nous avons un Président intelligent. On peut encore avoir des étincelles. Soyons optimistes.

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