Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog de Florian Brunner

Un blog engagé où tout le monde pourra s’exprimer à sa manière sur Colmar, sa région et plus largement sur l'Europe et l'état du monde.

Florian BRUNNER: "L'accord de Genève est inapplicable"

Publié le 18 Septembre 2013 par Florian Brunner

 

 

Florian-photo-2Le rapport des experts de l’ONU qui ont enquêté en Syrie sur le massacre chimique du 21 août fait état de « preuves flagrantes et convaincantes » de l’utilisation de gaz sarin à Damas. Ce massacre a fait plus de 1400 morts. Le Secrétaire Général de l’ONU : Ban Ki-Moon dénonce « un crime de guerre ». Ban Ki-Moon a aussi accusé Bachar Al-Assad d’avoir « commis de nombreux crimes contre l’humanité », tout en se disant « persuadé que les responsables rendraient des comptes quand tout cela sera fini ». Florian BRUNNER qui soutient un engagement fort des Etats-Unis et de la France en Syrie, précise sa vision des enjeux syriens. Il souligne les insuffisances de l’accord de Genève, salue l’action de François Hollande et appelle au départ de Bachar Al-Assad.


 

« Quand on fait quelque chose, on provoque des critiques chez trois catégories de personnes : 1) celles qui font la même chose ; 2) celles qui font le contraire ; 3) et surtout celles qui ne font rien. »

George Smith Patton, Jr.


 

Non ce n’est pas la guerre d’Irak. Beaucoup de commentateurs avaient pris le volant de leur analyse en suivant les habitudes, il y avait un beau temps, la route était calme, on connaissait…Les Etats-Unis apportaient de fausses preuves. La France jouait le jeu. Nous étions repartis pour la guerre en Irak. Ces commentateurs ont fini dans le décor. L’ONU a apporté des preuves accablantes sur l’utilisation de gaz sarin. Le Secrétaire Général de l’ONU : Ban Ki-Moon s’est mis en première ligne pour dénoncer les crimes d’Assad. Non ce n’est pas la guerre d’Irak. Les preuves sont désormais établies et elles sont terrifiantes. La voie diplomatique est toujours empruntée, une voie laborieuse alors que les morts en Syrie continuent de croitre. Les américains et les russes ont conclu un projet de résolution portant sur l’élimination des armes chimiques, le samedi 14 septembre 2013 à Genève. 45 sites ont été répertoriés dont la moitié disposeraient de quantités exploitables. 1000 tonnes d’agents et de composants chimiques ont été identifiés. Cet accord envisage la seule option crédible pour résoudre le chaos syrien : une intervention au sol. Mais cet accord est loin d’apporter des éléments réalistes afin d’opérer cette intervention.

 

L’accord de Genève est trop improvisé et imprécis


L’accord de Genève a établi un calendrier. Le 21 septembre sera la fin de l’ultimatum lancé à Damas, lui demandant de présenter une liste de ses armes chimiques. En novembre 2013, les inspections initiales s’achèveront et la destruction des équipements de production et de remplissage s’opérera. En mi-2014, l’élimination complète de tout le matériel et équipement d’armes chimiques devra s’effectuer. Si cet accord a été globalement salué sur la scène internationale, nous pouvons émettre de sérieux doutes sur son efficacité. Cet accord fait gagner du temps à Bachar Al-Assad, un criminel de guerre maintenu soigneusement à l’abri, et ne résout en rien la tragédie syrienne. Une tragédie qui a causé la mort de 110 000 personnes et qui a encouragé les extrémismes. Le risque est de se perdre dans une impasse diplomatique. Quant à la destruction de l’arsenal chimique syrien à l’horizon novembre 2014, elle parait bien illusoire. D’après les experts, dans une situation de paix, il faudrait plusieurs années. La Syrie n’a aucune structure pour détruire ses armes chimiques. Il faudrait construire une usine, sans doute à plusieurs centaines de millions de dollars. Or la Syrie est en guerre et est très déstabilisée. La constitution d’une équipe d’inspecteurs compétents sera très difficile, il faudra trouver des gens qui comprennent la fabrication des armes chimiques et le désarmement. Certaines personnes ne voudront pas aller en zone de combats. Sur le terrain, il y aura deux méthodes possibles pour détruire les stocks d’armes chimiques syriens : soit l’incinération, soit l’hydrolyse (en mélangeant l’eau aux agents chimiques, également à haute température). Un transfert des armes chimiques de Syrie vers un autre pays est interdit par la convention de 1993. Seul l’Etat d’Israël n’a pas ratifié cette convention mais le transfert n’est pas envisageable pour des raisons politiques. Ainsi nous ne pouvons que constater que la situation syrienne ne pourra se régler qu’au sol. C’est par une intervention au sol que nos agents pourront démanteler l’arsenal chimique syrien. Mais l’accord de Genève a abouti à un calendrier irréaliste. Il y manque en outre de sérieuses précisions opérationnelles sur notre intervention qui se fera bien sur le sol syrien et en période de guerre. L’accord de Genève est trop improvisé et imprécis. En outre, la Syrie a commencé à disséminer son arsenal chimique sur une cinquantaine de sites différents, afin de compliquer la tâche aux contrôleurs. D’après l’accord de Genève, la résolution qui sera proposée à l’ONU autorisera le recours à la force en cas de non-respect des engagements du régime syrien, dans le cadre du chapitre 7 de la Charte de l’ONU. Or Moscou vient de revenir en arrière et s’oppose à des sanctions et donc à un recours à la force en Syrie. Les dirigeants russes en outre fustigent déjà le «parti pris» des enquêteurs de l’ONU, mais qu’y font-ils encore ? Ils n’en partagent aucune des valeurs mais leur veto est stratégique et permet de protéger leurs alliés comme la Syrie. Une réforme de l’ONU et du Conseil de Sécurité doit impérativement être opérée, et pas seulement pour reconsidérer le rôle de la France (un pays pourtant très dynamique sur la scène internationale) et de l’Angleterre mais surtout pour y reconsidérer le rôle des dictatures. Il ne suffit pas d’être un pays grand en taille, il est nécessaire d’avoir des valeurs humanistes et de les appliquer. Ainsi l'accord de Genève est en l'état inapplicable.


Une France combattante mais seule


Marine Le Pen lors de l’Université de rentrée du FN a malheureusement cru bon de s’exprimer sur la Syrie. Elle s’est lancée dans une accusation caricaturale et hallucinante. L’Avocate enragée a défendu son client : la France de Vichy, celle de l’abandon et du déshonneur. Une ligne de défense minimale : la France est soumise aveuglément aux Etats-Unis. Elle est même l’alliée des terroristes. Pas un mot de compassion dans son discours sur les victimes de la guerre en Syrie et le massacre du 21 août. Un détail de l’Histoire sans doute…Marine Le Pen a poussé le cri de la lâcheté. Il est vrai que Marine Le Pen a passé dans sa jeunesse une épreuve juridique initiatique, un concours d’éloquence qui la verra défendre Charles IX inculpé pour avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy. A l’évidence, Marine Le Pen a des causes bien à elle, dernièrement il s’agissait de la Russie de Poutine dans le contexte du dossier syrien…Alors qu’en France nous avons droit à des conservateurs bas de gamme, aux Etats-Unis les Républicains ont émis un point de vue nettement plus pertinent notamment par la voix de John McCain. Ce héros de la guerre du Vietnam, qui a affronté Barack Obama à la présidentielle de 2008, s’est exprimé sur la France. Son intervention pertinente et courageuse est une leçon de politique internationale à Marine Le Pen. John McCain a souligné très justement que « l’inaction américaine sur le cas syrien est gênante pour Hollande ». Le sénateur américain a salué le soutien du président français. Qui aurait deviné, que sous ses airs de bon vivant plein d’esprit, François Hollande cachait une volonté de fer au service de nos valeurs ? La France combattante de François Hollande est restée sur sa ligne, seule. L’Europe après un pitoyable spectacle d’attentisme a appelé à une réponse forte. Puis le rideau est tombé. La réponse forte, la France s’en charge pour l’Europe qui préfère ne pas trop s’avancer. Angela Merkel fait campagne pour le business allemand sans trop se soucier des morts en Syrie. Les discussions entre les alliés et les russes continueront à piétiner. Et pendant ce temps Bachar Al-Assad devenu interlocuteur de l’Occident poursuit ses massacres.


Bachar Al-Assad doit partir


Outre la question des armes chimiques, les alliés doivent se pencher sur le départ de Bachar Al-Assad. Il faut un départ négocié du dictateur syrien. Le mercredi 4 septembre 2013, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault défendait la nécessité d’intervenir militairement devant l’Assemblée Nationale. Déjà il constatait des « assassinats » et qualifiait le massacre du 21 août de « crime de guerre » ou de « crime contre l’humanité ». Des termes qui aujourd’hui sonnent justes. Mais surtout il a déclaré « bien entendu, nous souhaitons le départ de Bachar Al-Assad ». Il a rajouté : « L’inaction face aux souffrances du peuple syrien fait le lit des extrémistes». Le départ de Bachar Al-Assad est une urgence. La question des armes chimiques occulte cette évidence. Bien malignement, Assad tente de se positionner en interlocuteur légitime et gagne du temps. Assad ne doit pas être notre partenaire. Il est bien notre adversaire. Sa politique est un échec et met en danger les minorités par la montée de l’extrémisme. Selon une étude britannique, près de la moitié des rebelles syriens serait constituée d’islamistes radicaux. Le danger est là pour les minorités, déjà des exactions sont commises. Mais tant que la dictature Assad sera en place, les extrémistes pourront s’imposer face à un tyran sans pitié et fragilisé. Il est d’ailleurs dans l’intérêt d’Assad d’avoir un extrémisme fort dans son pays pour faire peur aux minorités afin qu’elles soutiennent son régime, ce qui lui permet de se maintenir en place. Il ne lui reste que cela. Avec le départ d’Assad, nous devrons nous assurer de la victoire des démocrates afin de protéger définitivement les minorités. Vladimir Poutine cherche à gagner du temps pour protéger une terrible dictature, à l’image de la sienne. Nous ne devons pas nous prêter à ce jeu. Notre position doit être ferme. C’est en affirmant avec autorité nos valeurs que nous pourrons protéger les peuples opprimés et abattre l’inhumanité qui hante encore notre monde.


 

Florian BRUNNER

Représentant des Jeunes Démocrates de France chez les Young Democrats for Europe

Membre du Bureau National des Jeunes Démocrates

Président des Jeunes Démocrates d’Alsace

Commenter cet article