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Le Blog de Florian Brunner

Un blog engagé où tout le monde pourra s’exprimer à sa manière sur Colmar, sa région et plus largement sur l'Europe et l'état du monde.

Moyen-Orient: structurons une action commune à toute l’Europe

Publié le 13 Septembre 2015 par Florian Brunner

Moyen-Orient: structurons une action commune à toute l’Europe

Ces derniers temps, il a été encore une fois question de l’instabilité du Moyen-Orient et notamment des actions de Daesh. L’enjeu est d’importance, mais il a été trop malmené par des phénomènes médiatiques éphémères basés essentiellement sur l’émotionnel, alors qu’une analyse de fond objective était plutôt nécessaire.

 

Daesh est né dans le chaos d’un conflit interne à la Syrie, entre des rebelles et un régime syrien étouffant et criminel. Bachar El-Assad, le dictateur syrien, a toujours voulu favoriser une confrontation entre lui et des forces extrémistes, de manière à légitimer son régime sanguinaire aux yeux des occidentaux. Ce plan étant trop flagrant, il a tout juste troublé les occidentaux qui sont loin de le soutenir. Assad perd donc la guerre sur le terrain et se perd en interventions médiatiques hasardeuses. Mauvais dirigeant, piètre stratège militaire, criminel de guerre, il n’apporte à la Syrie que drames et désordres. En face, la machine meurtrière de Daesh s’est formée et domine les forces gouvernementales. Dans le contexte de cette guerre folle, les syriens ont fait essentiellement le choix de fuir. Un choix tout à fait justifié. Et l’Europe se doit d’adopter tous les dispositifs adaptés pour les accueillir, alors que les Etats du Golfe qui sont loin d’être miséreux n’entament aucune action pour recevoir les réfugiés. L’Europe a été incapable de mettre en place une action humanitaire d’ampleur dans la région, malgré un constat accablant dressé depuis environ deux ans.

 

La France toute tournée vers un exercice de communication a annoncé un envoi d’avions de combat en Syrie. Beaucoup de couverture médiatique, pour une action qui n’a rien de décisive et qui complexifie encore le jeu français en Syrie. La France s’engage contre le terrorisme et l’affirme dans ses actions militaires, c’est louable, mais ça ne nous fera pas gagner la paix. Car au-delà de vaincre Daesh, l’enjeu pour le Moyen-Orient est bien de réussir à entrer dans une période de paix. C’est au Moyen-Orient de vaincre ses démons (persistants depuis un demi-siècle) et de fonder un contexte géopolitique nouveau. Les occidentaux, centrés sur eux-mêmes, s’imaginent toujours quand un drame survient que c’est à eux d’agir, d’intervenir directement pour sauver des peuples ou des Régions. D’abord nous ne pouvons pas sauver tout le monde et nous ne sommes pas en mission divine, ensuite force est de constater que nos interventions au Moyen-Orient ont été loin d’apporter stabilité et prospérité. L’opposition de la France à la guerre en Irak avait déjà été fondée sur cette analyse. Alors que Moscou tente de mettre la pression sur l’Occident et d'affirmer sa position au Moyen-Orient, il faut revoir les enjeux.

 

Tout ce que nous comprenons de la politique étrangère de Poutine c'est qu’il aime faire le beau dans les médias, notamment avec de banals exercices de musculation qui lui sont sans doute bénéfiques pour réduire sa bedaine. Souvenons-nous du délire médiatique de fin 2013, lorsque Poutine prétendait avoir sauvé la paix au Moyen-Orient, à tel point qu’il rêvait du Prix Nobel de la Paix. Nous voyons aujourd’hui le résultat. En réalité, Poutine cherche toujours à protéger son chouchou Assad, une erreur stratégique évidente, à la fois dans le présent mais aussi pour l’avenir. La Russie n’a guère brillé au Moyen-Orient. Le désastre de l’intervention russe en Afghanistan (qui est aussi une des causes de l’émergence du terrorisme) de 1979 - 1989, est dans toutes les mémoires. Il est clair que la Syrie ne pourra se redresser qu’avec la disparition de deux fléaux : Daesh et Assad. Ainsi la seule stratégie viable est de contrer Daesh dans le cadre de la coalition et de préparer l’après-Assad.

 

Dès lors quelle action pour l’Occident ? Maintenir des interventions aériennes qui sont déjà très poussées et soutenir les armées locales sur le terrain. Une intervention militaire au sol des occidentaux dans ce contexte, nous ferait perdre des hommes, du temps et de l’argent et permettrait à Daesh de cliver son combat plus nettement, en mettant en scène une lutte contre des forces « coloniales ». Nous ne ferions que répéter les erreurs passées et un autre Daesh pourrait apparaitre ensuite. Daesh fait essentiellement la guerre au Moyen-Orient et se retrouve en conflit notamment avec les kurdes, l’Irak et l’Iran. C’est une guerre en réalité essentiellement arabe.

 

Quelle action pour l’Europe ? Cessons de céder à la pression des médias et de mettre en scène notre interventionnisme, remettons à plat notre politique étrangère et structurons une action commune à toute l’Europe. La France intervient et c’est tout à son honneur, mais au-delà des symboles, nous devons cibler l’efficacité. Etablissons un vrai plan de paix pour le Moyen-Orient, entre européens et mettons en œuvre les moyens pour l’accomplir. Mais prioritairement, engageons une action humanitaire forte au Moyen-Orient pour secourir les réfugiés directement, en instaurant des zones protégées par l’autorité internationale, par des forces armées internationales qui serviront à la fois de refuge et de reconstitution de vie. Nous avons deux réels objectifs au Moyen-Orient : sauver des vies et sauver la paix. Il est temps de réussir.

 

Florian BRUNNER

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